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kavinka tournage

Alors qu’on commémore les 70 ans de la rafle du Vélodrome d’Hiver, je me peux m’empêcher de revivre continuellement un petit rôle joué au cinéma qui m’a particulièrement marqué, si ce n’est traumatisé. C’était dans le film «  Elle s’appelait Sarah » de Gilles Paquet-Brenner d’après le roman de Tatiana de Rosnay qui raconte cette rafle des 16 et 17 juillet 1942. J’étais dans la peau d’un salaud. Oh, pas un SS, mais simplement un gendarme, vous savez ceux qui ont participé avec zèle aux triages des 13 152 Juifs arrêtés pour les envoyer vers les camps de la mort. Vers la solution finale.

Pour le film dont le tournage s’est déroulé au cours de l’été 2010, le camp de transit, celui de Drancy, avait été reconstitué avec ses blocks en bois entourés de miradors, ses fils barbelés électrifiés. Le détail allait même jusqu’à avoir mis de la paille pour servir de matelas dans les baraquements. Surtout ce qui impressionnait, c’était l’amas de vieilles valises, de vêtements, de jouets, dans un hangar voisin, que les accessoiristes avaient empilés là. On ne pouvait s’empêcher de penser au "Kanada", l’aire de tri des bagages des déportés à Auschwitz près des crématoriums, les chambres à gaz.

Le rôle des Juifs étaient souvent tenus par de véritables sémites comme l’avait voulu le metteur en scène qui, sur l’annonce, avait précisé «parlant hébreu de préférence ». Certains âgés revivaient l’épouvantable en une sorte d’exorcisme salutaire. D’autres plus jeunes représentaient les plus de 4000 enfants qui furent déportés lors de cette rafle. « Ma grand-mère n’était pas très contente que j’interprète un tel rôle trouvant que j’aurais pu trouver un autre boulot pour les vacances » me confia ainsi une jeune figurante portant, comme chacun, l’étoile jaune cousue sur son chemisier.

Un garçon d’à peine dix ans rigolait sans cesse de la situation prenant cela comme un jeu. Un autre de douze ans en comprenait le sens d’autant qu’il avait fait office de cadavre dans un précédent téléfilm. Moi, engoncé dans mon costume de pandore trop lourd, trop chaud, avec cette chaleur semblable à celle de l’été 1942, songeant surtout à ce que j’aurais fait à cette époque si j’avais été gendarme.

Moteur ! Les bus de la Ratp contenant les Juifs arrivent. Le metteur en scène nous demande de les trier, de séparer les hommes des femmes qui restent avec leurs enfants. Pour faire plus réel, les figurants doivent crier, s’interposer, tenter de se révolter. Nous les gendarmes on doit les contenir. Un ami, Gauthier, joue le rôle d’un gabelou rappelant comment la douane française a participé avec la gendarmerie au triage des Juifs y mettant comme eux un certain zèle. Je tiens à la main une règle qui me sert de bâton. Une bousculade s’ensuit. Une vieille dame tombe. La prise ne doit pas être bonne, car le metteur en scène exige de la recommencer. Sur une autre séquence, on me demandera de tenir une lance des pompiers et d’arroser avec les Juifs récalcitrants.

Le tournage, en ce qui me concerne, durera ainsi cinq jours. Cinq jours d’horreur dont les images hantent souvent mes rêves surtout quand elles s’entrechoquent avec la réalité qu’on revoit à la télé pour la commémoration. Je rêve que je repars chaque matin en bus de Paris pour rejoindre le site de tournage. Mais le Pullman se transforme vite en l’un des cinquante autobus à plateforme qui ont servi à la rafle et dont il n’existe qu’une seule photo de l’époque.

Qui je suis ? Je ne le sais plus. Le rêve devient cauchemar. Je me réveille en sueur. J’ai besoin de boire. De manger des fraises comme lors de la pause déjeuner pendant le tournage où il y avait une profusion de fraises fraiches au dessert contrastant avec l’épouvantable reconstitué. Invariablement, je m’éloigne des gendarmes figurants qui mangent entre eux et ne veulent pas se mélanger avec les Juifs. Puis, je me retrouve seul au dessus du camp une mitraillette à la main, un des assistants en regardant la prise qui vient d’être faite a remarqué qu’il y a un vide dans la tour d'observation. Cela fait désordre. Coupez !

 

Kävin’Ka

 
Tag(s) : #societe

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