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100-ROMANS-VAVASSEUR.jpgEn surfant sur internet l’autre jour, je remarque un petit recueil à première vue semblant intéressant « Le guide des 100 romans incontournables » publié par Librio. Je me dis alors « chic !... », je vais enfin pouvoir combler mes lacunes sur les écrivains contemporains que j’ai ratés d’autant qu’en couverture la photo représente une conceptuelle rangée de livres façon étagère commençant par « Les bienveillantes » de Jonathan Littell, le prix Goncourt de 2006 pour se terminer par « Belle du seigneur » d’Albert Cohen, le chef d’œuvre de la littérature française de 1968. Je passe donc commande même si le guide date de 2008, mais l’auteur Pierre Vavasseur n’est autre que le fameux critique du quotidien Le Parisien et il officie à France Inter. Un gage de sérieux à première vue.

Mais une fois le recueil reçu qu’elle déception !... Les 100 romans n’ont rien de contemporains. Ce n’est qu’une suite de quatre siècles de littérature, une centaine chronologique du XVIIe siècle à nos jours classée bêtement comme un manuel scolaire. Il y a tromperie sur la marchandise, pourrait-on dire. Qu’importe cette première déception. J’aurais dû mieux regarder la photo même si elle est illisible sur le net et apercevoir la tranche du légendaire roman de Madame de La Fayette « La princesse de Clèves » qui n’a rien de contemporain datant de 1678. J’aurais dû mieux lire aussi la quatrième de couverture, même si celle-ci est quelque peu confuse, bien loin du « désir de partage » vanté en préface. Et puis, je me dis que les commentaires de Pierre Vavasseur sont peut-être plus enrichissants que Wikipédia.

Pourtant là encore quelle déconvenue dans le contenu !... Au fil des pages, les perles s’enfilent surtout lorsque Pierre Vavasseur nous raconte qu’à onze ans il s’est senti devenir un homme en lisant « Ivanhoé » car le roman de Walter Scott lui apporté la virilité qui lui manquait ; que « Guerre et paix » s’avère « un monument du sol au plafond » car comme chacun sait dans une pièce on construit un monument ; que Zola avec « Nana » aurait été « un excellent peintre des fêtes cannoises et de Saint-Tropez » où évidemment on drague plein de nanas ; que l’antihéros de « A rebours » d’Huysmans est mieux que Frédéric Beigbeder car « il préserve ses secrets sous une coquille de tortue », peut-être une coquille d’escargot ou une coquille de crane d’œuf, car la tortue a plutôt une carapace même celle à nez de cochon ; que Jules Vallès écrit comme une « mitraillette » inventant ainsi la plume à mille coups la minute, une logique implacable surtout quand il est noté encore que son roman « L’enfant » se veut « un portrait en vingt-quatre images secondes », ce qui est encore incohérent pour un auteur du XIXe siècle. On reste également sans voix en apprenant que « Le blé en herbe » de Colette qui date de 1912 « cultive un cousinage avec l’atmosphère de « Bonjour Tristesse » de Françoise Sagan » datant lui de 1954, sans se poser la question que c’est peut-être le contraire. Que dire encore lorsque ce Vavasseur évoque Johnny Hallyday avec « On a tous quelques chose de Tennessee » pour introduire «Vienne au Crépuscule » sous entendant que l’idole des jeunes aurait la même esthétique que l’écrivain autrichien qu’est Schnitzler si pointu sur la responsabilité collective et l’antisémitisme au début du XXème siècle ? Mais le comble de l’embrouillamini de Vavasseur, c’est lorsqu’il nous raconte pour « La guerre des Boutons », le roman de Louis Pergaud écrit en 1912, que l’insulte « Couille-mole » du début du siècle dernier équivaut à celle « d’enculé » aujourd’hui. Bravo ! Vive la littérature selon Pierre Vavasseur.

Kävin’Ka

« Le guide des 100 romans incontournables » par Pierre Vavasseur. Librio, collection «Inédit ». ISBN : 978-2-290-00990-1

Tag(s) : #actualité

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