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Les beaux quartiers de l'ouest parisien n'ont pas voulu d'un député En Marche ! et ont réélu dans le I6e arrondissement l'ancien ministre Claude Goasguen avec 52,43% des voix. La partie était serrée. Le député sortant Les Républicains était en ballotage défavorable avec 6 points de retard par rapport à la candidate macroniste, Valérie Bougaut-Delage, en tête au premier tour avec 44,2% des suffrages contre 37,99 pour lui. L'annonce du résultat final a été faite vers 22h30, dimanche soir à la mairie du I6e, par Claude Goasguen lui-même qui ne cachait pas sa joie de cette victoire à l'arraché alors que les supporters de la candidate malheureuse hurlaient « Valérie, Valérie » étouffant la voix de Goasguen comme un sorte de prélude à un prochain rendez-vous électoral. "Je ne pensais pas être victime de la vague Macron, expliqua Claude Goasguen, je pensais être en ballotage favorable. Mais il y a eu une forte abstention des électeurs de droite qui me voyaient élu dès le premier tour". Visiblement, Claude Goasguen a motivé ses troupes pour ce deuxième tour des législatives et c'était flagrant dans les bureaux de vote, nombre d'électeurs qui s'étaient abstenus au premier tour sont venus faire la différence à l'opposé de ceux En Marche ! considérant sans doute que la partie était déjà gagnée et quelques voix de moins n'allaient pas changer la donne partant alors tranquillement en week-end pour se mettre au frais avec la chaleur. Le temps de curé comme on dit familièrement pour parler d'un temps magnifique, a donc eu raison de la novice en politique qu'est Valérie Bougault-Delage qui, malgré l'énergie communicative de ses militants, n'a pas pu être élue. 

La déception avec la larme à l'oeil et l'amertume d'un rendez-vous raté se lisait, dimanche soir, sur le visage de la candidate battue qui tendrement tenait par le cou une amie de campagne. Les militants déçus avec l'état-major de la candidate de La République en marche ! s'étaient réunis à la brasserie Le Chalet, rue de La Pompe, comme au premier tour mais avec une toute autre ambiance. Certains d'entre eux accusaient Goasguen d'avoir été élu par les "petites mamies" avec une opération d'envergure orchestrée par la mairie, dont il est aussi le maire, afin d'inciter les personnes du troisième âge à venir voter utilisant un serveur vocal géré par une plateforme avec sa voix. D'autres trouvaient que la gestion des rapports avec la communauté juive qui représente 25 % des électeurs dans le I6e avait été fortement négligée par la candidate LREM, si ce n'est bâclée, malgré les nombreuses alertes. D'autres encore estimaient aussi qu'Emmanuel Macron avait été un peu léger pour lui apporter son soutien dans ce fief de la droite réputé imprenable, la recevant entre deux portes pour une vague photo mal exploitée. Qu'en plus, le président n'avait envoyé aucun poids lourd dans l'arrondissement pour la soutenir entre les deux tours, des militants au sein des Jeunes pour Macron dans le I6e avaient toutefois réussi à faire venir le secrétaire d'Etat Christophe Castaner, le nouveau porte-parole du gouvernement, qu'ils estiment être populaire bien qu'il reste encore peu connu du grand public mais sa visite dans le cadre d'une conférence sur le numérique dans l'industrie n'a pas eu l'impact médiatique souhaité tout comme, dans cette dernière ligne droite de la campagne, le soutien jeudi dernier de l'écrivain académicien Erik Orsenna mal relayé dans les médias alors que Goasguen tenait meeting au stade français avec Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France. De fait, on peut se demander si Valérie Bougault-Delage avait à ses côtés un service de communication efficace ? La question est posée surtout dans cet arrondissement si particulier qu'est le 16e où la particule version vicomte est une seconde nature avec le Bottin Mondain en livre de chevet et que les fautes de langage de Macron sont sujet de moquerie comme cette professeur d'économie de Janson de Sally, qui estime qu'il "cause" comme sa concierge et l'a fait remarquer à Erik Orsenna, en aparté de la réunion avec VBD, espérant que l'ex plume de François Mitterrand donne des cours de rattrapage au nouveau locataire de l'Elysée. Qu'importe les grincheuses. Si la vitalité de se battre pour un objectif commun et la volonté d'un autre avenir, ne font aucun doute chez les Marcheurs du 16e, vont-ils devoir rebattre les cartes des rôles de chacun ? Pour nombre d'observateurs qui ont suivi avec intérêt cette campagne dans cet arrondissement il est certain que le suppléant Gilles Widawski s'est révélé plus charismatique que la candidate. Chaque fois qu'il prenait la parole, il la rendait un peu trop nature, dira-t-on par politesse. Sans doute que Valérie Bougault-Delage était dépassée par cet engouement pour sa personne elle, qui jusque là semblait si réservée avec son air d'étudiante, elle qui a dû s'acheter quatre robes pour faire campagne alors qu'elle ne porte que des pantalons. Surtout, elle devait être perturbée par deux contradictions, celle du développement de sa propre carrière professionnelle si brillante chez Canal + en tant que directrice des projets numériques et celle de future députée plus aléatoire à tel point qu'elle avait pris un rendez-vous important chez LCI pour sa carrière ce lundi 19 juin, le lendemain de la proclamation des résultats, ce qui est curieux, avouons-le.  

 

Dans le I6e, on ne dira pas qu'il y a eu un problème de casting avec La République en marche !, mais tout de même. Face à Goasguen et pour remporter la victoire, il aurait peut être mieux valu mettre un  homme de la même envergure, humain et chaleureux. Quelqu'un qui ait des envolées verbales pour séduire et puisse porter le débat sur un autre niveau pouvant parler aussi bien de la philosophie de la vie, compte tenu des enjeux du bouleversement de notre société et des drames qui s'y jouent, mais soit aussi capable de régler de simples problèmes de voisinage qui empoisonnent l'existence. Quelqu'un qui rassure en résumé. Ceci dit, il est indéniable que Valérie Bougault-Delage a réussi à se faire un nom sur l'échiquier électoral du I6e et la façon déterminée dont elle a pris le micro à la mairie, dimanche soir lors de la proclamation des résultats devant un Goasguen dédaigneux, laisse présager de bons augures pour l'avenir les réitérant le lendemain sur le réseau social Telegram à destination de ses troupes : "Je suis déçue bien sûr pour les habitants du I6e, pour les militants ainsi que pour Gilles et moi, mais en même temps très fière des ces performances historiques au premier et au second tour dans le plus imprenable bastion de la droite parisienne. On apprend de ces échecs..."  C'est sûr qu'on n'entendra plus, qu'on ne lira plus, comme l'a titré le "Parisien" : "J'ai voté pour Valérie; je ne sais quoi...".

Kävin'Ka

Tag(s) : #Claude Goasguen, #Les Républicains, #Législatives 2017, #16 arrondissement Paris, #Valérie Bougault-Delage

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