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Kävin'Ka : La Joconde est un homme !

Extrait du roman "Labijoconde" de Kävin'Ka

Joli mécheux aux longues boucles, Gian Giacomo Caprotti, surnommé Salai, devint vite l'élève favori de Leonardo da Vinci, ce qui fut pour ce jeune garçon androgyne un enchantement mais aussi le début d’un enfer. Partager la vie du génie de la Renaissance ne s’annonça pas de tout repos ; surtout le maître avec l’obligeance qui est la sienne ne manqua pas de lui inculquer tout son savoir, et même plus, pour être en phase avec l’ange Uriel qu’il voyait en lui, l’exigence allant bien au-delà de l’habituel et conventionnel enseignement paternel. En strict philosophe de l’art, Vinci reprit la pensée éducative de la culture grecque durant l’Antiquité incluant l’impératif apprentissage sexuel. Au fil des ans, Giacomo devint ainsi son amant. Une pratique qui ne gêna pas celui-ci, bien au contraire, car il sait depuis toujours qu’il est différent, qu’il aime les hommes, et Vinci avait le charme de la persuasion dans ses rapports éducatifs ; pourtant si de ce côté Giacomo pouvait être satisfait, l’égoïsme hors norme du génie gangrena les relations engendrant une tension dans les rapports quotidiens d’autant que le nouvel élève ne se laissait pas faire à l’opposé d’autres ; d’ailleurs pour marquer cet apprentissage musclé et approprié sur son protégé, Vinci préféra le rebaptiser subtilement « Salai » signifiant en italien « diablotin », ce qui avait le don d’énerver Giacomo mais avec les années il s’y est fait choisissant en nom d’artiste celui d’Andrea Salai, une sorte de pied à la nature qui l’a fait si féminin, le prénom Andrea n’ayant aucun rapport avec la féminité étant plutôt du genre masculin pour les Italiens venant du grec « andros » signifiant « homme ».

Estimant donc avoir en réel la copie conforme de l’ange Uriel, l'archange qui a montré aux humains la lumière divine, Leonardo da Vinci prit souvent Andrea Salai comme modèle pour peindre une ambivalente divinité et la parfaite symbiose qu’elle exprime ; celle d’une déesse insolente subtilement nommée « uno giocondo » comme on dit en argot du milanais pour désigner un travelo et s’écrit au masculin tel un drag-queen d’aujourd’hui. Une plaisanterie que l’admirable et solennel langage dans l’étrange miroir de la vérité devait rendre encore plus authentique, si ce n’est ironique.

Les royaumes du vrai n'étant jamais séparés de la dérive du pavage spirituel et pictural, en 1503 alors qu’Andrea Salai fêtait ses 23 printemps, cette antinomie se matérialisa par « Le Joconde », un portrait irréel d’un transgenre rejoignant ainsi dans un rêve pictural le péché d’Ève que Dieu a maudit jusqu’au Jugement Dernier pour que puisse renaître la perfection. Ultime synthèse vers l’essentiel, l'elliptique du caprice des caractères abrégés alla même se jouer des mots telle une rose de pierre sculptée par l’aurore. « Mon Diablotin » soit « Mio Salai » prit ainsi un autre chemin plus féminin devenant l'infrangible sourire instantané et figé pour l’éternité, l’épicentre polie aussi reconnaissable qu’un myosotis de verre...

Kävin'Ka

Roman "Labijoconde" Kävin'Ka (ONANéditions)

http://www.amazon.fr/Labijoconde-K%C3%A4vinKa-ebook/dp/B00R5BOG9I

Tag(s) : #Léonard de Vinci, #La Joconde, #La Renaissance, #Gian Giacomo Caprotti, #Oreno, #Milan, #Le Louvre

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